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Wednesday, June 18, 2025

Grice e Zoppi Les grammaires italiennes dans la deuxième moitié du xixe siècle : entre théorie(s), histoire et société Claudia Stancati p. 69-90 RÉSUMÉS Français English L’auteure présente une esquisse historique des grammaires de l’italien entre le moment de l’unification nationale (1861) et le début du xxe siècle afin de vérifier la présence de différentes orientations théoriques et les liens de la recherche linguistique italienne avec les diverses écoles européennes. Les textes scientifiques montrent que l’italien présente plus d’une spécificité par rapport aux langues romanes. En effet, il est considéré comme la langue la plus proche du latin ; le nombre et le poids de ses dialectes, également pratiqués par les personnes instruites, sont remarquables ; enfin, la langue écrite et la langue littéraire sont davantage considérées que la langue parlée, cela en raison d’une division politique vieille de plusieurs siècles. Dans un pays qui, pour la première fois de son histoire, cherche enfin à bâtir une institution scolaire nationale, tous ces nœuds théoriques influencent aussi les grammaires scolaires. Ils répondent à la nécessité sociale et politique de traduire la questione della lingua en une didactique capable d’enseigner la langue nationale à des usagers dialectophones dont la pratique langagière est souvent très éloignée de cette langue commune qui vient d’être fixée au prix de grandes discussions. ENTRÉES D’INDEX Mots-clés : langue italienne, grammaire, langue écrite et parlée, dialectes, enseignement de la grammaire Keywords : Italian language, grammar, spoken and written language, dialects, didactics of grammar PLAN DÉTAILLÉ TEXTE INTÉGRAL 1. La grammaire italienne au xixe siècle 1En 1908, Ciro Trabalza publie une Storia della grammatica italiana dédiée à Benedetto Croce. Trabalza y dresse un tableau historique très détaillé qui va de Dante jusqu’à la fin du xixe siècle, Croce et Vossler y compris, à l’exclusion voulue des grammaires historiques. Trabalza porte sur cette histoire, mais notamment sur tout le xixe siècle, un jugement très sévère. Il pense que la fortune et l’influence de l’enseignement de Basilio Puoti témoignent de l’état de la pensée linguistique et grammaticale italienne qu’il décrit comme trop souvent bornée à des questions rhétoriques, ignorant ou presque la phonétique, sans aucune conscience des problèmes historiques de la langue (Trabalza 1908 : 502). Le fil rouge du travail de Trabalza est donc le récit de l’échec de toutes sortes de grammaires théoriques, normatives ou philosophiques ayant suivi l’avènement de la nouvelle science du langage née de Humboldt, laquelle, du moins à en juger par ses références bibliographiques, s’est développée presque entièrement en Allemagne (ibid. : 52)1. Sa représentation s’appuie sur un pivot théorique très précis : l’idée que la grammaire n’est qu’un artifice didactique sans aucune valeur scientifique et que son histoire n’est donc qu’une section de l’histoire des coutumes et des institutions (ibid. : 3). 2Ce jugement porté par Trabalza pourrait au premier abord sembler justifié. Au xixe siècle, caractérisé presque partout en Europe par l’établissement de la méthode historique et comparative dans la recherche linguistique et par l’institutionnalisation des disciplines linguistiques dans les universités, l’Italie est encore divisée du point de vue politique. Elle l’est donc aussi en ce qui concerne l’éducation publique, souvent encore arriérée du point de vue des études linguistiques, même si certains auteurs connaissent les idées nouvelles et en discutent. Quant aux textes liés à l’activité linguistique tels que les dictionnaires et les grammaires, la situation est disparate. Si on constate en Italie, dès 1612, une grande unité dans le domaine de la lexicographie grâce à l’activité de l’Accademia della Crusca, en revanche, malgré un essor très précoce2, les descriptions grammaticales de l’italien ne connaissent pas un développement identique. En effet, au xixe siècle, il n’existe pas encore une grammaire italienne de référence, bien qu’il s’agisse d’une des langues qui jouisse des meilleures descriptions. Pendant la première moitié de ce siècle, les points de repère de toutes les grammaires restent ceux que Bembo avait fixés, à savoir : le refus de l’usage parlé en tant que source des régularités linguistiques ; la séparation entre la langue de la prose et celle de la poésie ; la tendance à une forte normativité. 3En y regardant de plus près, on s’aperçoit toutefois que Trabalza donne une description biaisée de l’état des études linguistiques et grammaticales en Italie au xixe siècle, car la situation italienne commence progressivement à changer entre 1840 et 1860 (époque de l’unification nationale) et, pour des raisons scientifiques mais aussi politiques, la production des textes liés à l’activité linguistique, dictionnaires et grammaires, s’accroît énormément. Tous ces textes peuvent nous donner des indications sur la diffusion et la fortune des nouvelles théories linguistiques en Italie, et c’est ce que l’on essaiera ici d’éclaircir. 4Les premières recherches, qui sont menées dans les régions italiennes et qui sont souvent liées aux besoins sociaux et aux raisons de politique linguistique, visent surtout la questione della lingua. Les linguistes professionnels se consacrent essentiellement à la publication de nombreuses grammaires destinées à l’usage scolaire et de dictionnaires italien/dialecte afin de favoriser l’apprentissage de la langue officielle par les dialectophones. Mais, comme on le verra plus loin, l’influence croissante des grands courants de la linguistique européenne engendre également nombre de textes scientifiques, parmi lesquels les grammaires des langues romanes, notamment celles qui ont un caractère historique, et qui s’avèrent un lieu privilégié où il est possible d’identifier des enjeux théoriques plus généraux. 5On cherchera ici à dresser des tableaux rapides des différents types de grammaires de l’italien à cette époque, qu’elles soient scientifiques (historiques ou non) ou scolaires. On pourra constater que, bien que les grammaires qui s’inspirent du comparatisme soient fort éloignées des grammaires classicistes ou des grammaires destinées à l’enseignement (y compris les textes pour les étrangers), toutes présentent des traits communs qui résultent des spécificités de l’italien du point de vue linguistique, historique et sociolinguistique. 2. Linguistique et grammaire en Italie au xixe siècle : théories et textes 6En 1839, Bernardino Biondelli, linguiste, archéologue et numismate, après avoir enseigné dans différentes écoles de Vérone, sa ville d’origine, décide de s’établir à Milan ; c’est là qu’il rencontre Carlo Cattaneo et qu’il commence à publier dans sa revue Il politecnico des articles qui illustrent la méthode historique et comparative (Biondelli 1839, 1840a) ainsi qu’un long compte rendu de la Deutsche Grammatik de Jacob Grimm dont le quatrième et dernier volume avait été publié en 1836 (Biondelli 1840b : 250 et suivantes). 7C’est donc à peu près à cette époque que nous pouvons dater l’introduction des théories comparatistes en Italie. L’intérêt pour les résultats de la nouvelle science du langage dans les universités italiennes est si fort que bientôt sont institués les premiers enseignements de glottologia3 distincts des enseignements plus proprement philologiques, tels que celui du sanscrit en 1852, tenu par Gorresio à l’université de Turin. Après l’unification nationale, de nombreuses traductions mettent à disposition d’un public italien plus vaste les ouvrages de Müller, Heyse, Schleicher, etc. Gherardo Nerucci traduit les Lectures on the Science of Language de Max Müller (1864) et publie entre 1870 et 1871 la nouvelle série de ses leçons Nuove Letture sulla scienza del linguaggio ; D’Ovidio traduit The Life and Growth of language de Whitney dès 1876 ; Pezzi traduit Leo Meyer et le Compendium der vergleichenden Grammatik der indogermanischen Sprachen d’August Schleicher (Compendio di grammatica comparativa dello antico indiano, greco ed italico, a cura di Domenico Pezzi). En 1881, juste un an après l’édition originale, Pietro Merlo publie une excellente traduction de l’Einleitung in das Sprachstudium de Berthold Delbrück4. 8C’est dans ce contexte que paraissent les deux premières revues italiennes consacrées aux études linguistiques, par le biais de l’étude des langues classiques dans le cas de la Rivista di filologia e di istruzione classica, et à partir du comparatisme et de la dialectologie dans le cas de l’Archivio glottologico italiano dirigée par Graziadio Ascoli5. 9Si le naturalisme et le polygénisme de certains courants de la linguistique européenne sont un obstacle dans les états italiens où l’influence du catholicisme est plus forte, après l’unification, les opposants de la nouvelle science du langage sont voués à la défaite sur le plan scientifique ainsi que sur le plan de l’organisation de la culture et de la didactique. Les élites de la nouvelle nation sont très favorables à l’introduction de la nouvelle science du langage et du comparatisme. Terenzio Mamiani, premier ministre de l’Éducation du royaume d’Italie, instituera de nombreux enseignements de sanscrit et de « philologie indo-germanique »6 et il choisira pour ces enseignements les meilleurs spécialistes. 10Parmi les résultats de ces nouveautés il faut signaler les études sur la grammaire historique des langues romanes, l’un des domaines fondamentaux de la linguistique théorique avant Saussure. C’est sur ce terrain que l’on met d’abord en évidence les spécificités de l’italien. 11La première particularité de l’italien est qu’il est de plus en plus largement considéré comme la langue romane la plus proche du latin. Ce jugement est partagé par Diez (1853), par Meyer-Lübke (1890-1902) et par Ascoli qui définit l’italien comme « quasi un grado intermedio tra il tipo antico latino e il moderno o romanzo » (Ascoli 1882-1885 : 122)7. Du fait de ce caractère, l’italien tient, en tant qu’objet d’étude, la première place parmi les langues romanes au moment de l’essor du comparatisme historique et il est considéré comme le véritable « fuoco del sistema ottico nella linguistica romanza » (Lausberg 1974 : 252)8. 12Une deuxième caractéristique à prendre en considération est la relation étroite qui existe entre la langue littéraire écrite et la langue vernaculaire normalisée, puisque l’italien, avant 1861, est une langue présentant une grande variété d’usages parlés, et qu’il n’existe pas de communauté langagière en tant que nation dotée d’unité politique. L’unité de l’italien en tant que langue commune opposée aux dialectes n’est pas celle d’une langue parlée mais celle d’une langue littéraire. C’est ce que Muratori appelle le seul et vrai « eccellente Linguaggio d’Italia […] quel Gramaticale che dai Letterati s’adopera ed è comune a tutti gli Italiani studiosi » (Muratori 1706, II : 104)9. C’est pourquoi, pendant très longtemps, l’identité de l’italien est reconnue à partir des différentes formes de la langue écrite, et c’est surtout en raison de la situation de la langue vis-à-vis de la poésie et/ou de certains genres littéraires que, notamment au xviiie siècle, on compare l’italien aux autres langues européennes. 13L’opposition entre la langue italienne et ses dialectes est compliquée par le fait que la tradition littéraire est plus proche du toscan que de tous les autres dialectes. Au moment d’écrire une grammaire de l’italien en tant que langue romane dans une perspective comparatiste et historique, on est donc obligé, d’une part, de prendre en compte les différents dialectes en ajoutant leurs variations historiques (bien que trop souvent on étudie plutôt l’Antiquité) mais, d’autre part, on doit aussi comparer l’italien avec les autres langues romanes à partir de cette langue littéraire. 14La troisième spécificité de l’italien vient donc précisément du nombre et du poids des dialectes utilisés même par les personnes instruites puisque un’effettiva unità idiomatica è ben lungi dall’esistere ; e la varietà vi è, sotto qualche rispetto, men sensibile, sotto altri, all’incontro, più sensibile che non sia in altre contrade, le quali vantano ugualmente l’unità politica e letteraria. Così, a cagion d’esempio, l’Italia non offre contrasti idiomatici altrettanto gagliardi di quel che non offra l’Inghilterra coi dialetti inglesi allato ai dialetti celtici dell’Irlanda, della Scozia e del Galles oppure la Francia coi dialetti francesi allato al celtico della Bretagna, a tacer del basco a’ Pirenei […]. Ma, all’incontro, le varietà dialettali neo-latine che nell’Italia convivono, differiscono tra loro assai più notevolmenteche non differiscano, a cagion d’esempio, i vari dialetti inglesi o gli spagnuoli, e si aggiunge, nell’Italia superiore in ispecie, che l’uso familiare dei dialetti duri tenacemente anche tra’ ceti più colti. (Ascoli 1882-1885 : 98)10 15Au début des années 1880, Gustav Gröber, qui fonde en 1877 la Zeitschrift für romanische Philologie, demande à des savants de différentes nations de travailler à une summa des études romanes : le Grundriss der romanischen Philologie. La monographie sur l’italien, Die italienische Sprache, est confiée à un Suisse, Wilhelm Meyer-Lübke et à un Italien, Francesco D’Ovidio. D’Ovidio est aussi le seul Italien qui travaille à ce projet puisqu’évidemment on considère, à l’étranger, qu’il est le seul capable, en dehors d’Ascoli, de fournir un travail historique bien fondé11. 16Le Grundriss est principalement consacré à la phonétique historique, Italienische und lateinische Lautlehre (D’Ovidio s’occupe du vocalisme), tandis qu’on y accorde peu de place à la morphologie et que rien n’y est dit sur la syntaxe. À la conclusion de son travail en 1888, D’Ovidio déclare devoir et vouloir continuer ses recherches sur l’espagnol et sur l’italien, mais ce projet sera interrompu par ses graves problèmes de santé. 17La description surtout phonétique (comme chez Diez) et morphologique de l’italien que l’on peut lire dans le Grundriss est très soignée et s’appuie sur une masse importante de données mais elle renvoie continuellement, d’un côté, à la langue commune littéraire et, de l’autre côté, aux dialectes. Suite à la maladie oculaire de D’Ovidio, Meyer-Lübke poursuit seul le travail sur le Grundriss et ses recherches aboutissent à son Italienische Grammatik de 1890 (traduite en italien en 1901 par Bartoli et Braun), qui est sans doute le meilleur travail sur l’italien dont on dispose avant les ouvrages de Gerhard Rohlfs, puisque les Principi di grammatica storica italiana de Napoleone Caix de 1880 n’étaient qu’une tentative et qu’Adolfo Mussafia et Giovanni Flechia n’avaient pas réalisé les grammaires historiques qu’ils avaient envisagées. Les données relatives aux dialectes y sont minutieusement présentées (par exemple on y sépare le toscan du florentin) mais elles sont recueillies parmi celles dont on dispose à cette époque et elles ne sont donc pas équilibrées quant à leur origine géographique12. 18Ces développements théoriques sont certainement connus et leurs traces se retrouvent dans plus d’une grammaire italienne largement utilisée entre 1828 et 1882, bien que les textes du début du xixe siècle soient encore axés sur les principes du classicisme. On peut prendre l’exemple de la Grammatica della lingua italiana de Francesco Ambrosoli (1829) qui, dans sa préface, écrit : « qualche volta mi sono levato alle teoriche generali degli stranieri e dei nostri, qualche volta me ne sono interamente discostato, quando esse mi parvero piuttosto apparenti e sottili, che vere e acconce a una chiara applicazione » (Ambrosoli 1829 : vi)13. Il en va autrement pour ce qui est de Fornaciari (élève à Pise de l’École normale supérieure avec Carducci). Dans les différentes éditions de sa Grammatica italiana dell’uso moderno (1879, 1881 et 1879), ce dernier prend comme point de départ l’ancienne langue romane qui, dans chaque nation, s’est scindée en plusieurs dialectes, dont l’un est devenu la langue littéraire de cette nation. Il identifie trois phases de l’histoire de la grammaire en Italie qui correspondent à trois phases dans le processus d’éloignement de l’italien à l’égard du latin : la première irait de Fortunio et Bembo jusqu’à Buommattei (1623), où la méthode est toujours incertaine, inclinant tantôt vers le latin, tantôt vers l’un des vulgaires. La deuxième période, plus systématique, commence avec Corticelli (1745) et la troisième va jusqu’à l’ouvrage de Moise (1867). À son avis, les études philologiques les plus récentes n’ont pas été suffisamment utilisées par les grammairiens italiens. Fornaciari propose de mêler et intégrer l’usage parlé de la Toscane et la tradition littéraire considérée, non pas comme un modèle, mais comme une sorte de réservoir pour la langue vivante. Ce choix fait de son ouvrage un travail qu’il définit comme ni empirique ni scientifique (Fornaciari 1879 : xix). Ce n’est pas un travail scientifique car, selon lui, il devrait renvoyer au latin, que toutefois les usagers du texte pourraient ignorer. Ce n’est pas un travail empirique non plus car, tout en gardant la terminologie et la disposition usuelle des arguments, il se propose de favoriser, comme Caix le suggère, « più elevati studi linguistici » (ibid. : xix)14, suivant le travail fait sur l’italien par Diez et par les autres grands grammairiens allemands. 19Plus ou moins entre le moment de l’unification nationale en 1861 et le début du xxe siècle, la tradition grammaticale qui dérive du classicisme s’infléchit en rencontrant les différentes orientations théoriques en linguistique. C’est donc à cette époque que les grammairiens commencent à écrire des textes qui se réclament des nouvelles méthodes scientifiques et qu’ils commencent à s’intéresser à la réalité linguistique vivante plutôt qu’à la norme fixée par le classicisme, pour prendre également position sur la questione della lingua (Poggi Salani 1988 ; Serianni 1989 et 1990). 3. Langue, nation, éducation 20Le caractère original de l’histoire de la langue italienne montre que la questione della lingua se glisse au cœur de toutes sortes d’études sur l’italien. Après l’unification, l’idée de Manzoni (1868) d’utiliser la langue vivante de Florence comme un modèle à imposer et diffuser dans toute l’Italie au moyen des nouvelles institutions scolaires déclenche un vif débat sur la langue que l’on devra parler et enseigner dans la nouvelle nation. 21La position de Manzoni a de nombreux partisans mais elle soulève aussi de nombreuses critiques, et, entre autres, celles d’Ascoli. Le Proemio d’Ascoli à l’Archivio glottologico italiano (1873) est un texte qui, sans affaiblir la scientificité de sa méthode quant à l’analyse de la grammaire, du lexique et des phénomènes phonétiques, s’adresse à un public cultivé mais plus vaste que les seuls spécialistes, pour proposer une politique linguistique à la nation qui vient de naître. 22Ascoli conteste l’idée de Manzoni selon laquelle l’italien nouveau pourrait se développer à partir d’un accroissement des études, des rapports entre les intellectuels et de la diffusion d’une nouvelle culture scientifique pour devenir une langue capable d’intégrer les différentes traditions linguistiques du pays. Au modèle français de l’État en tant que centre à la fois politique, culturel et linguistique qui travaille à uniformiser la périphérie, Ascoli oppose l’idée, à son avis réalisée dans le monde allemand, d’une nation polycentrique où le développement culturel tient la place de l’unité imposée par la politique. 23C’est ainsi que la questione della lingua devient pour Ascoli un des aspects de la modernisation intellectuelle de l’Italie où la langue nationale pourrait devenir le fruit du progrès civil, scientifique, voire technologique : Ora, nella scarsità del moto complessivo delle menti, che è a un tempo effetto e causa del sapere concentrato nei pochi, e nelle esigenze schifiltose del delicato e instabile e irrequieto sentimento della forma, s’ha, per limitarci al nostro proposito, la ragione adeguata ed intiera del perche l’Italia ancora non abbia una prosa o una sintassi o una lingua ferma e sicura. (Ascoli 1975 [1873] : 30)15 24La pensée d’Ascoli s’inscrit dans une lignée qui dérive de Giulio Perticari, Monti et Cesarotti, des intellectuels qui avaient souligné le polycentrisme de l’histoire linguistique italienne. La littérature n’est plus le centre du problème de la langue : le Proemio insiste sur l’utilité que la langue de ceux qu’Ascoli appelle « non-artisti », la langue de la république des sciences, pourrait avoir pour bâtir la langue commune. 25Ce qui émerge de ces débats est la centralité, autant théorique que pratique, de la question de l’enseignement car on y met finalement l’accent sur la réalité de la langue. Dans les grammaires destinées à l’enseignement, les nœuds théoriques s’associent à la nécessité sociale et politique de traduire la questione della lingua en une didactique capable d’enseigner la langue nationale à des usagers dialectophones dont la pratique langagière est souvent très éloignée de cette langue commune qui vient d’être fixée au prix de grandes discussions. Tout cela dans un pays qui cherche à bâtir enfin des institutions scolaires nationales, pour la première fois de son histoire. 4. Grammaires et enseignement 26Les lois de réorganisation de l’éducation publique en Italie à partir de la loi Casati de 1859, qui deviendra la loi du nouveau royaume d’Italie, accordent une grande importance à l’analyse grammaticale dans les écoles primaires16, c’est donc dans les textes scolaires que l’on peut vérifier les tendances générales dont on a parlé. 27Sur les grammaires de l’italien destinées à l’enseignement à tous les degrés de l’instruction publique, nous disposons d’un grand nombre de données fournies par les ouvrages de Maria Catricalà (1991 et 1995). Ses recherches montrent que, dans un premier temps, les textes traditionnels sont majoritaires et que les textes à plus large diffusion sont ceux qui ignorent dans une large mesure les variations de l’usage. Durant une première période, le choix des modèles à adopter divise les grammairiens en deux groupes : ceux qui se réclament de Manzoni (Petrocchi, Morandi & Cappuccini, Parri) et les classicistes (Fornaciari, Zambaldi). Vers 1880 environ, les grammaires de l’italien témoignent généralement de l’influence des idées de Manzoni mais aussi des membres toscans de la commission pour la langue que le ministre Broglio avait instituée en 1868 (Lambruschini, Tommaseo et Capponi). Progressivement, les grammaires offrent une image de la langue plus ouverte et plus complexe, même chez des auteurs comme Raffaello Fornaciari, Cesare Mariani, ou l’abbé Moise, plus attachés à l’idée d’une langue commune littéraire « dopo l’unità i grammatici presentarono un’immagine della nostra lingua senz’altro più complessa e variegata di quella descritta per secoli attraverso il filtro della prescrizione puristica tradizionale » (Catricalà 1995 : 52)17. Il faut également préciser que la référence au modèle du latin disparaît très vite de l’enseignement primaire, mais elle reste dans toutes les filières où le latin est présent et l’utilisation de la terminologie grammaticale latine se conserve dans certains cas assez longtemps. 28Le ministère suit avec attention ce grand effort d’alphabétisation et la qualité des textes destinés à l’usage scolaire à tous les niveaux de la formation, comme en témoigne la Relazione (confidenziale) rédigée en 1875 par le professeur Ulisse Poggi, patriote et chef de conseil scolaire. Chargé par le conseil supérieur du ministère d’examiner les grammaires utilisées dans les écoles du nouveau royaume, Poggi sélectionne soixante et un textes qu’il classe principalement suivant la méthode employée : tradizionalisti, razionalisti, metodisti, teorico-pratici, ricalcatori et sbandati18, mais les aspects théoriques sont également considérés. Les traditionalistes suivent Corticelli : on dispose de règles qu’il faut apprendre par cœur, d’après les exemples tirés des auteurs ; l’« étymologie » traite des parties du discours et des règles de l’association et de la construction (ce que Puoti appelle « syntaxe »). Les méthodistes aussi (qui s’inspirent de Soave) pensent qu’il faut apprendre par cœur, mais ils insistent sur l’analyse logique et s’efforcent de dépasser la grammaire latine et d’introduire une terminologie nouvelle comme celle de « complément ». Les rationalistes, qui dans ce groupe sont très peu nombreux, voudraient enseigner la grammaire dans le cadre d’une théorie générale du langage19. 29Poggi plaide pour les grammaires tout à la fois théoriques et pratiques, qui s’inspirent de Girard mais aussi de la philosophie positive de Comte et de la pensée pédagogique qui en découle, et qui affirment l’importance du rôle de l’instituteur pour amener les élèves à formuler eux-mêmes les règles. Ce type de textes est encore recommandé en 1888 par le pédagogue Aristide Gabelli et par le ministre Boselli. 30Si, dans le rapport de Poggi, aucun des textes scolaires analysés ne présente une perspective comparatiste (Gensini 2005 : 24-26), il n’y est pas non plus fait état des grammaires contrastives avec le dialecte, lesquelles restent rares20. Celles qu’on définit comme grammatiche di paragone (grammaires contrastives) deviennent plus nombreuses dans les années quatre-vingt, quand, suivant la leçon d’Ascoli, le dialecte en vient à être considéré comme un élément à la base de l’enseignement de l’italien21. 31Toutefois l’influence du comparatisme s’accroît rapidement, au point qu’en 1871 le ministre Correnti recommande dans un document officiel que « si applicasse il metodo del Curtius anche nello studio dell’italiano »22 jusque dans les écoles primaires (Catricalà 1995 : 48). Ce document est cité par Raffaello Fornaciari dans la préface à sa Grammatica storica della lingua italiana (1872) et quelques années plus tard paraissent, en effet, des textes scolaires qui se réclament du comparatisme et des nouveaux acquis scientifiques comme, par exemple, la grammaire de Morandi et Cappuccini (1894). En 1917, Alfredo Trombetti, dans la préface à son texte scolaire (Trombetti 1918) où il signale le désordre de la terminologie et les véritables fautes de textes très connus et largement utilisés, affirme l’importance d’adopter des considérations historiques et comparatives et un abord théorique rigoureux y compris dans un texte pour les écoliers. 32L’aspect le plus original et fructueux de la réflexion sur la pédagogie linguistique en Italie naît de la rencontre nécessaire entre la théorie et l’urgence d’enseigner à des millions de dialectophones différents entre eux, et souvent même analphabètes, non seulement les règles de la grammaire, mais aussi à écrire, voire à parler23. 33Le débat sur l’utilité d’expliciter les règles pour l’acquisition des compétences linguistiques et communicatives fut très vif dans les milieux italiens influencés par les propos de Girard, qui affirme que « nous n’apprenons pas plus à parler par les règles de la grammaire que nous n’apprenons à marcher par les lois de l’équilibre » (Girard 1844 : 5)24. Mais les questions de méthode dans les grammaires de l’italien, surtout après 1861, rencontrent préalablement le problème de la nature des rapports entre la langue maternelle apprise naturellement et celle que l’on devra apprendre et étudier à l’école. 34C’est pour cette raison que beaucoup de textes se préoccupent de fixer les règles de la prononciation ou de corriger les fautes phonétiques issues du dialecte lorsque la tradition écrite rencontre la variété de ces mêmes dialectes. Cet intérêt pour la prononciation correcte et pour la phonétique en général est un caractère commun à plusieurs grammaires de l’italien après l’unification nationale, lesquelles traitent souvent les rapports entre la prononciation et l’orthographe par comparaison avec le français (Catricalà 1995 : 81) ; d’où l’on peut conclure que l’idée de l’italien comme une langue à orthographe totalement phonétique n’est, après tout, pas entièrement exacte. En tout cas, bien prononcer est fondamental pour conduire à l’unité de la langue non seulement les gens de lettres et les intellectuels, mais surtout le peuple (Petrocchi 1887 : ix). 35Le problème fondamental dans le cas de l’italien est qu’il faut décider lesquelles, parmi les variétés géographiques et historiques, doivent devenir le modèle normatif, quelle que soit la méthode choisie. Jusqu’en 1920 environ, les grammaires font état de ce problème puisque leurs auteurs indiquent dans le titre des ouvrages quel type de langue on y décrit/prescrit25 : pure, parlée, toscane, de l’usage, des bons auteurs, pour les mères, pour la famille, la langue des Promessi sposi26 (Les fiancés de Manzoni), etc. 36Entre 1860 et 1918, on connaît ce qu’un auteur appelle une « inondazione di grammatiche » (Borgogno 1875 : 1) ; on publie, ou on réimprime, plus de sept cents grammaires différentes écrites par les auteurs les plus divers, jusqu’à des apiculteurs et des messieurs je-sais-tout27. On peut même trouver des grammaires sous forme de dialogue comme celle mise en scène par Giannettino et Boccadoro, deux personnages créés en 1883 par Carlo Lorenzini, dit Collodi (Prada 2018). Entre les deux personnages, grâce à l’habileté de l’auteur de Pinocchio (1881-1882), la conversation se déroule avec des accents capables de feindre la langue parlée. On peut encore rencontrer un récit édifiant de la grammaire dans le travail réalisé par Edmondo De Amicis avec son L’idioma gentile (1905). Totalement dépourvu de bases théoriques, ce texte est une sorte de livre de lecture pour les écoliers (qui à cette époque ne sont pas seulement des enfants). Pour son auteur, un écrivain qui a fourni dans Cuore (1886) une description célèbre de l’école italienne à son époque, l’italien, en tant que langue de la patrie, doit être appris grâce à une étude méthodique qui vise à utiliser la langue de façon naturelle et précise, sans affectation et avec un vocabulaire adéquat, puisque la grammaire n’est pas une forme de tyrannie mais un usage qui, bien qu’il soit soumis au changement, ne peut laisser sa place à une absence de toute règle. 37Sur le plan pédagogique toutefois, la tendance qui s’affirme progressivement entre 1860 et 1880 « fu quella contraria allo studio teorico della lingua e soprattutto alle analisi logiche » (Catricalà 1995 : 33)28, comme en témoignent les débats aux congrès de l’Associazione pedagogica italiana (en 1863 à Milan et en 1874 à Bologne). À la fin du xixe siècle, le ministère finit par accepter ces idées ; l’enseignement grammatical se trouve également affaibli par l’influence de Croce et de ses disciples. 38Entre le xixe et le xxe siècle, la grammaire devient une sorte de bête noire qu’il faut chasser de l’enseignement au point que même les textes les plus réputés, tels ceux de Corticelli et Fornaciari, sont publiés en édition réduite et que paraissent des grammaires qui se présentent comme : brevissima, piccola, sunto, minuscola, noticine, noterelle, lezioncine, etc.29 Ce n’est pas seulement un choix des éditeurs, mais une vague qui aboutit aussi à des expérimentations, comme les grammaires en tables synoptiques ou illustrées (ibid. : 50). 39Malheureusement, cette dévalorisation de l’enseignement grammatical a pour conséquence l’éloignement progressif de l’italien étudié à l’école vis-à-vis de la langue parlée, au moment même où l’usage commun national se consolide et donne ses premiers fruits. 5. Conclusion 40Notre analyse montre qu’au xixe siècle, et notamment après l’unification nationale, les études grammaticales en Italie portent sur des aspects communs aux textes scientifiques et aux grammaires scolaires : la questione della lingua, l’importance des nouvelles théories linguistiques, en particulier la naissance de ce que l’on appelle en Italie la glottologie, et les développements de la dialectologie, auxquels il faut ajouter, pour les textes didactiques, l’influence de la philosophie positive sur les théories pédagogiques et sur la nouvelle scolarité centralisée qui vient d’être instituée. Tous ces éléments concourent à déterminer une révolution dans l’objet même des études grammaticales puisqu’une tradition littéraire et savante rencontre finalement la langue parlée à travers des communautés différentes, socialement très variées et très éloignées les unes des autres, et pas uniquement du point de vue géographique. La théorie et la pédagogie sont d’emblée confrontées à la réalité d’une langue comme l’italien qui montre ainsi toute la complexité née de son histoire politique et sociale. 41Ces raisons peuvent expliquer la fortune, dans la linguistique italienne, de l’idée de la langue en tant qu’institution, un courant qui compte en Italie plusieurs représentants, de Devoto à Nencioni, de Lucidi à Piovani. Une fois encore, on constate que la spécificité de la recherche linguistique en Italie entre le xixe et le xxe siècle réside dans l’importance donnée à l’histoire sociale et culturelle et dans la conscience du rôle de la langue à l’égard de la construction de l’identité nationale et de l’éducation publique, éléments mis en évidence à plusieurs reprises par Tullio De Mauro (De Mauro 1980 : 11-12). Bibliographie Sources primaires Ambrosoli, Francesco. 1829. Grammatica della lingua italiana. Milan : Fontana. Ascoli, Graziadio Isaia. 1882-1885. L’Italia dialettale. 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Notes de bas de page 1La cible polémique de Trabalza est représentée par les héritiers de Du Marsais à partir de Soave et, bien après la moitié du xixe siècle, par une grammaire générale « spolpata, dissanguata, scheletrita, ridotta ai puri schemi, alla sua forma meno feconda e più noiosa », c’est-à-dire « dépouillée, exsangue, réduite à l’état de squelette, à de simples schémas, à sa forme la moins fructueuse et la plus sclérosée » (Trabalza 1908 : 416), incapable d’accueillir la nouveauté de la linguistique historique ni de saisir l’importance de la tradition des études philosophiques sur le langage, et représentée, en Italie, par Vico dont l’influence positive se déploie, à son avis, sur Cesarotti. Il n’oublie pas de citer ce que Bopp, Diez et surtout Meyer-Lübke ont fait pour la connaissance historique de ­l’italien. Il ajoute la mention et l’appréciation d’un groupe de vaillants philologues tels que Caix, Bertoni, Ascoli et les membres de la Società filologica, D’Ovidio et Ceci (ibid. : 522). Sur la persistance d’une tradition de la grammaire générale en Italie, voir Zoppi 1886. Ici comme ailleurs, c’est nous qui traduisons. 2Les Regole grammaticali della volgar lingua de Francesco Fortunio sont publiées en 1516 et le troisième livre des Prose della volgar lingua de Pietro Bembo date de 1525. 3Ainsi nomme-t-on la linguistique en Italie, d’après une indication d’Ascoli qui traduit le terme allemand Sprachwissenschaft. 4Voir sur ces thèmes Timpanaro 2005 et Stussi 2014. 5Les deux revues sont publiées par Hermann Loescher. Le choix de cet éditeur n’est pas un hasard puisque ce dernier est le petit-neveu d’un célèbre éditeur de textes classiques, G. B. Teubner, et que sa maison d’édition, qui a déjà fait paraître à cette époque la grammaire latine de Schutz et la grammaire grecque de Curtius, peut assurer la qualité typographique nécessaire à ce type de publications, comme nous le rappelle Sebastiano Timpanaro (2005 : 260, n. 1). Le ­premier numéro de la Rivista di filologia e di istruzione classica sort à Turin en juillet 1872, ses directeurs étant un linguiste, Domenico Pezzi, et un philologue, Joseph Müller ; quelques mois plus tard, en 1873, Loescher publie le premier numéro de la revue que fonde Ascoli, l’Archivio glottologico italiano, après sa première revue, les Studi orientali e linguistici. Toutefois, les études italiennes sont très peu connues avant qu’Ascoli ne devienne célèbre et que Mussafia, qui était un élève de Diez et enseignait à Vienne, ne publie en allemand ses travaux. 6Cet enseignement s’appellera plus tard, toujours suivant le conseil d’Ascoli, « histoire comparée des langues classiques et néolatines ». 7« Presque un état intermédiaire entre l’ancien latin et le moderne ou le roman ». 8« Lieu de toute mise au point pour la linguistique romane ». Diez parle de trois variétés du latin qui correspondent à l’Italie, à la Gaule et à l’Espagne. Les langues provençales sont pour Diez le pivot du système des langues romanes, mais l’italien est sans doute, à son avis, l’héritier plus direct du latin. Cette idée est partagée par Ascoli et par Wilhelm Meyer-Lübke qui considère le français comme la langue romane la plus éloignée du latin et l’italien comme la plus proche. 9« Excellente Langue d’Italie […], ce langage utilisé par les gens de lettres et commun à tous les Italiens cultivés ». 10« Une vraie unité linguistique est loin d’exister, et la diversité linguistique est ici, selon le critère adopté, plus ou moins sensible que dans des pays jouissant d’une unité tout à la fois politique et littéraire. Par exemple, l’Italie ne présente pas de contrastes linguistiques aussi forts qu’en Angleterre avec les dialectes anglais au regard des dialectes celtiques d’Irlande, d’Écosse et du pays de Galles, ou en France, avec les dialectes français au regard du celtique de Bretagne, pour ne rien dire du basque des Pyrénées […]. En revanche, les variétés dialectales néo-latines qui sont parlées en Italie présentent entre elles des différences bien plus marquées que, par exemple, les différents dialectes espagnols ou anglais ne le font entre eux. À quoi il faut encore ajouter, notamment en Italie du Nord, la persistance d’un usage familial des dialectes, y compris dans les milieux éduqués ». 11D’Ovidio, dans une lettre d’octobre 1883, demande conseil à Ascoli qui lui suggère d’accepter une collaboration si flatteuse (pour D’Ovidio et pour toute l’école linguistique d’Ascoli), bien que celui-ci avoue ne connaître aucun détail relatif à cette « enciclopedia romanza » (voir Lubello 2010 : 241-242). 12Les données sont puisées dans les traités de Zuccagni-Orlandini (1864) et Papanti (1875). 13« Parfois je me suis inspiré des visions théoriques générales, étrangères et italiennes, mais parfois je les ai totalement abandonnées lorsqu’elles me semblaient plutôt apparentes et subtiles que vraies et susceptibles d’être appliquées clairement ». Ce texte publié, sous le titre de Nuova grammatica à partir de 1869, fut réédité plusieurs fois jusqu’en 1880. 14« Des études linguistiques de niveau supérieur ». 15« Aujourd’hui, c’est dans la faiblesse de la circulation générale des idées, tout à la fois résultat et cause de la concentration du savoir chez une minorité, et dans le maniérisme imposé par le sentiment délicat, instable, tourmenté, de la forme, qu’il faut rechercher, pour nous borner à notre propos, l’entière explication de l’absence en Italie d’une prose, ou d’une syntaxe, ou d’une langue établie et assurée ». 16Ces lois sont : la loi Casati de 1859, la loi Coppino de 1877, la loi de 1905 sur l’éducation des adultes, avec l’institution des cours du soir et de la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans (bien que cela reste théorique), ainsi que deux lois successives sur l’école moyenne unique (collège) en 1940 et en 1962. Chaque épisode relance le débat sur l’enseignement de la grammaire et sa méthode. Luca Serianni (1989 et 1990) indique cinq différentes phases de la pédagogie grammaticale en Italie, la première entre 1861 et la réforme scolaire de Giovanni Gentile pendant le fascisme ; une période de 1923 à 1952 de dévalorisation de la grammaire ; un retour à l’enseignement de la grammaire entre 1953 et 1968 ; une nouvelle crise entre 1968 et 1983 ; enfin, à partir des années 1980, un débat qui cherche à trouver un équilibre entre tradition et modernité. 17« Après l’unification nationale, les grammairiens offrirent une image de notre langue sans nul doute plus complexe et diversifiée que celle dépeinte pendant des siècles en la regardant par le filtre du purisme prescriptif traditionnel ». 18Traditionalistes, rationalistes, méthodistes, théorico-pratiques, calquées sur les autres, et erratiques. 19Par exemple en plaçant je et tu parmi les noms s’ils sont utilisés de façon référentielle ou en les considérant comme des pronoms s’ils sont utilisés en anaphore. 20Les différences entre la langue et les dialectes sont très nuancées dès le xviiie siècle dans les livres de grammaire à l’usage des étrangers et on y choisit plutôt l’usage romain, qu’on préfère au toscan. 21À ce propos, on peut signaler la grammaire publiée par Ciro Trabalza en 1917 : Dal dialetto alla lingua. Nuova grammatica italiana per la IV, V e VI elementare, con 18 versioni in dialetto d’un brano dei Promessi sposi. 22« Que l’on applique aussi la méthode de Curtius à l’étude de l’italien ». 23Quoique Serianni (1989 et 1990) ait tenté de nuancer la thèse de De Mauro (1963), il est vrai qu’au moment de l’unification nationale, l’Italie compte 70 % à 75 % d’illettrés. Au cours des cent cinquante années qui suivent, cette donnée s’est bien modifiée mais l’analphabétisme perdure, ainsi qu’un niveau insuffisant de scolarité et d’habitude à la lecture. 24Par exemple, pour l’italien, l’affirmation de Girard peut être acceptée par Raffaello Lambruschini qui écrit en Toscane, et donc dans une région où il existe une continuité entre la langue parlée et celle des textes. 25Voir par exemple Sanson 2011. 26Premier roman moderne de la littérature italienne, I promessi sposi de Manzoni paraît initialement entre 1825 et 1827 ; une nouvelle version révisée par l’auteur est publiée entre 1840 et 1842 dans laquelle il adopte les usages de la langue vivante de Florence. 27C’est au xxe siècle que les livres de grammaire pour l’usage scolaire seront écrits par le grand pédagogue Lombardo Radice (1906) ou par des linguistes tels que Trabalza (1917) ou Trombetti (1918), jusqu’aux textes écrits par Devoto (1941) et Migliorini (1963). 28« Fut celle qui s’opposait à l’étude théorique de la langue et surtout à son analyse logique ». À ce propos les indications sont contradictoires, car si d’un côté, au congrès de pédagogie en 1863, on affirme qu’il faut se défaire de l’usage, de l’autre, suivant Soave (1771), on le considère comme le point de départ de tout enseignement linguistique. 29Très brève, petite, résumée, minuscule, en notules, en petites notes, en petites leçons.

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